Voici un entretien exclusif avec Gaétan Georges. Il a été réalisé en novembre 2019, peu avant la parution de « ». Vous pouvez retrouver et commenter cet entretien sur le forum — cliquez ici — illustré avec de nombreux autres documents.
Thorgal.com : Bonjour Gaétan, vous êtes le coloriste de la série Thorgal depuis deux albums. Pouvez-vous nous raconter comment cette aventure a commencé pour vous ?
Gaétan Georges : J’ai tout d’abord travaillé sur la série « Kriss de Valnor » pour le tome 7 et le tome 8. Frédéric Vignaux avait apprécié mon travail sur l’album « Rock & Stone » (chez Delcourt, en deux volumes). Il m’a contacté pour faire un essai sur Kriss de Valnor, au moment du tome 7, quand il a commencé à travailler sur la série. Ce que je lui ai proposé lui a tout de suite plu. On a donc entamé notre collaboration sur Thorgal via la série Kriss de Valnor, pour les deux derniers tomes.
J’aime beaucoup ces deux albums. Je retrouvais dans le tome 7 tous les personnages iconiques, pas seulement ceux de « Kriss de Valnor ». Il y avait aussi Jolan, notamment. J’étais très content de commencer avec une histoire qui regroupait ces personnages et qui clôturait l’arc. Je n’avais pas vraiment relu Thorgal depuis la création des différentes séries, alors je me suis replongé rapidement dans les albums pour m’immerger à nouveau dans cet univers.
L’album « La montagne du temps » m’a beaucoup plu, grâce notamment à Xavier Dorison qui est un très bon scénariste. C’était une belle occasion pour entrer dans cet univers. J’ai été ravi de pouvoir continuer avec le tome 8, puis le tome 37 de Thorgal quand Rosinski a passé la main. Fred Vignaux et moi, nous étions tous les deux très contents de poursuivre notre collaboration.
Je me suis tout de suite très bien entendu avec Fred. Je pense que nous avons les mêmes visions artistiques, cela nous permet d’être complémentaires.
Thorgal.com : Puisque vous nous parlez des personnages que vous étiez content de retrouver dans Kriss de Valnor, évoquons ce que Thorgal représente pour vous. Est-ce que vous étiez lecteur, dans votre jeunesse ou plus récemment ? Qu’est-ce que la série représente pour vous ?
Gaétan Georges : J’ai découvert la série lorsque j’étais tout petit. Les albums étaient déjà à la maison avant ma naissance ! Ma sœur les collectionnait tous, et j’ai commencé à les feuilleter dès que j’ai pu accéder aux bandes dessinées. J’avais même commencé à les feuilleter sans les lire, comme ça, pour les images. Chaque année, un nouvel album rejoignait la collection. J’ai découvert la BD par Thorgal, mais aussi par Blueberry, Astérix, Tintin, Spirou… On avait toutes les séries un peu iconiques à la maison, Thorgal en faisait partie. Lorsque j’ai été appelé pour travailler sur la série, j’ai été ravi !
J’adore les premiers tomes, avec les fabuleux scénarios de Jean Van Hamme. Un peu comme dans les films de genre, il y avait des tomes spécifiques. « Alinoë », par exemple, m’avait beaucoup marqué. J’étais très jeune, l’aspect horrifique m’avait frappé. J’adorais « Les archers », un album plus tourné vers l’action, l’héroïsme.
Mon cycle préféré est celui du pays Qâ, très marquant avec toutes ces scènes tragiques et ce mélange de genres si thorgalien. J’ai relu tous ces albums au fil du temps, et ce cycle est vraiment devenu et resté mon préféré. Tant d’autres albums m’ont marqué également !
J’ai moins suivi la série, quand j’ai fait mes études puis commencé à travailler. Avant de la retrouver pour mettre en couleurs « Kriss de Valnor ».
Thorgal.com : Vous avez donc grandi dans un univers où il y avait beaucoup d’albums, beaucoup de livres à la maison.
Gaétan Georges : Oui, cela a fortement orienté mon parcours, jusqu’à me mener à ce que je fais aujourd’hui. Mes parents étaient lecteurs, avec une grande bibliothèque, des collections de livres, des BD. Elles étaient facilement accessibles, en bas de la bibliothèque. Nous n’avions pas de télévision, cela nous a orientés vers la lecture.
Mais ma formation n’est pas du tout tournée vers la BD, mon attrait pour elle est revenu plus tard. J’ai commencé en autodidacte. A certains moments de ma vie, j’en lisais beaucoup, à d’autres moments j’en lisais peu. Malgré tout, mon enfance et mon éducation ont toujours laissé des traces dans mon parcours. Je remercie mes parents, pour cela aussi.
Thorgal.com : Parlons justement de votre parcours. Vous êtes coloriste pour les albums de Thorgal et de Kriss de Valnor. Êtes-vous aussi dessinateur, illustrateur ? Quel est votre parcours personnel et professionnel dans le monde de la BD ?
Gaétan Georges : Lorsque j’ai terminé mes études après un double cursus, ingénieur et architecte, je n’étais pas complètement épanoui. J’avais envie de créer, de dessiner, de plonger dans mes propres univers. Ce n’était qu’un hobby, mais je dessinais, pour le plaisir.
Grâce à Internet et à des concours, j’ai commencé à mettre en couleurs des planches. Ça s’est très bien passé, et petit à petit je me suis retrouvé à travailler dans ce domaine, principalement en tant que coloriste. Depuis quelques années, on vient me chercher essentiellement pour des mises en couleurs d’albums de BD. Alors, à côté, je dessine ou je fais de l’illustration, mais pour le plaisir.
Thorgal.com : Vous travaillez dans d’autres domaines que la BD ?
Gaétan Georges : Il m’arrive de travailler dans le jeu vidéo, là aussi pour réaliser les mises en couleurs. Comme j’ai beaucoup de demande en tant que coloriste BD, j’ai peu de temps pour m’occuper d’autres univers, d’autres aspects du métier. Mais je pourrais travailler dans l’illustration, le jeu vidéo ou le jeu de société, ce sont des domaines assez connectés.
Thorgal.com : Ingénieur et architecte, finalement, c’est terminé ?
Gaétan Georges : Eh bien, oui et non. Grâce à ma formation d’ingénieur, je donne des cours depuis quatre ans en tant que vacataire, quelques heures par semaine, en BTS. Nous étudions l’enveloppe du bâtiment et le dessin, la structure, la thermique.
Quand on est dans la création, dans la BD, on se met comme dans une bulle. Il est bon d’en sortir de temps en temps, notamment grâce à cet aspect pédagogique de mon activité. Cela me permet de trouver un équilibre dans mon quotidien, d’avoir du contact social, mais aussi de retrouver des aspects différents que j’apprécie, en lien avec ma formation.
Thorgal.com : Vous avez donc commencé par des concours de mise en couleurs sur Internet ! Suite à cela, comment avez-vous accédé au monde de la BD ? Quels furent vos premiers contacts, votre premier album ?
Gaétan Georges : Eh bien, là aussi, par le biais d’un concours sur Internet ! C’était pour l’album « 7 naufragés », qui fait partie de la collection des 7 chez Delcourt. Elle était dirigée par David Chauvel. Je terminais mes études et j’hésitais entre continuer en tant qu’architecte ou entrer dans un bureau d’études. C’est alors que David m’a contacté et m’a proposé de travailler sur d’autres projets.
Après « 7 naufragés », il y a eu « Bad Ass », « Masqué » puis « Rock & Stone », tous chez Delcourt. Je suis toujours en contact avec David Chauvel, qui a donc été mon premier contact et m’a très bien guidé dans le métier. Il a su m’épauler. Par la suite, d’autres personnes venant d’autres maisons d’édition m’ont contacté et permis de travailler sur des projets différents.
Thorgal.com : Comment gérez-vous ces univers et styles graphiques si différents ?
Gaétan Georges : Cela dépend du dessin. En fonction du type de projet, je vais m’adapter au trait et à l’univers du dessinateur avec qui je travaille puisque la même couleur ne peut pas fonctionner sur tous les supports. J’essaie d’entrer dans l’univers et d’obtenir une cohérence entre le dessin et la couleur.
Thorgal.com : Dans la collection des 7, votre premier projet professionnel, y a-t-il une cohérence dans la mise en couleurs des albums, d’un tome à l’autre ? Comment avez-vous abordé cet album, avez-vous observé ce qu’avaient fait les précédents coloristes pour d’autres albums de la collection ?
Gaétan Georges : Pour « 7 naufragés », le dessinateur avait colorisé une planche. J’ai repris exactement le même style, c’était de l’adaptation complète. Et tout au long de l’album, j’ai essayé de conserver le style du dessinateur.
Le style que j’avais suivi fonctionnait très bien avec le dessin particulier et précis de l’album, et j’avais bien sûr la liberté de choisir mes ambiances, mes lumières et mes ombrages. Mais après cet album, j’ai eu envie de faire autre chose, avec une patte plus personnelle, plus de liberté.
Pour le projet suivant, « Bad ass », j’ai changé d’univers en passant dans le comics. Je me suis beaucoup référencé. C’était aussi une période où je lisais beaucoup de comics, j’essayais d’avoir un œil sur les parutions, sur les styles et l’évolution du dessin. Par exemple, je me suis beaucoup intéressé au travail de Laura Martin, une coloriste américaine très inspirante.
Le dessin de Bruno Bessadi, pour l’album « Bad ass », est anatomique, très comics. Il fallait des couleurs un peu plus flashy, des modelés. Je me suis adapté au dessin. Je n’étais pas toujours satisfait du résultat au début, alors je peaufinais pour que cela fonctionne avec le dessin. C’est un travail qui se fait en duo. Il faut que je comprenne l’univers du dessinateur, pour que je m’adapte et que ça fonctionne.
J’ai ma patte, mon approche et mes idées, mais je m’adapte pour chaque projet. Tout dépend donc des albums.
Thorgal.com : Comment commencez-vous un album ? Vous réalisez une première planche, quelques tests, vous échangez avec les auteurs ? Ou vous vous lancez directement dans une mise en couleur complète ?
Gaétan Georges : Cela dépend, selon les dessinateurs et les éditeurs avec qui je travaille. Aujourd’hui, je ne fais pas toujours de test puisqu’ils connaissent mon travail. Mais par exemple, pour Kriss de Valnor, il y a eu un essai ou deux, sur deux planches avec des ambiances différentes pour voir comment j’abordais différentes atmosphères.
Je n’ai pas fait d’essai pour Thorgal, c’était dans la continuité. Pour Kriss de Valnor, les deux essais m’ont permis de montrer ce que j’allais apporter, ma patte graphique. Il fallait à la fois sublimer l’univers de Rosinski, qui a évolué selon les albums, avec une touche traditionnelle, tout en apportant un peu de modernité. Le traitement graphique devait cumuler tout cela.
C’est souvent ce qui change d’un album à l’autre, le traitement graphique. Mais en termes d’ambiance et de narration, j’ai toujours mon rôle à jouer. Même si le traitement varie, je me concentre sur certains aspects : la lisibilité de la planche, la narration, les séquences où l’émotion est primordiale, ainsi que les scènes d’actions, mises en relief par les lumières ou les teintes. C’est la méthode de travail que j’applique sur tous les albums. Mais le traitement graphique, c’est ce qui change d’un projet à l’autre, selon le dessinateur.
Thorgal.com : Il est intéressant, de temps en temps, d’essayer de prendre du recul, d’observer la façon dont on travaille. On le fait au quotidien, sans forcément s’en rendre compte.
Gaétan Georges : Oui, et je sais que mon approche a évolué au fil du temps. J’ai appris beaucoup, alors même que je travaillais sur des albums. Je ne suis pas issu du milieu, beaucoup de choses sont venues en autodidacte.
Au début, chaque ambiance était nouvelle. Maintenant, j’ai plus de certitudes. J’axe mon approche sur différentes choses. La narration, les lumières, les éléments qui vont apporter de l’émotion… C’est cela, le but ultime de la mise en couleur. Et de l’art en général !
Thorgal.com : Nous découvrons votre art dans les derniers albums de Thorgal. C’est un travail très élaboré, avec beaucoup de textures, de lumières, de teintes… Pas mal, pour un artiste autodidacte ! Voulez-vous bien partager avec nous vos secrets ? Comment avez-vous appris à travailler, quel est votre parcours artistique et personnel ?
Gaétan Georges : Ma première source d’inspiration est le monde dans lequel on vit. J’aime beaucoup voyager, j’aime la nature, mais aussi les villes, l’architecture. J’aime regarder les gens. L’inspiration vient de ces expériences, de ce que l’on enregistre en nous. En prêtant attention à tout cela, on se remplit d’énergie créatrice. Observer, prêter attention à ce qui nous entoure, à la nature, aux lumières, aux reflets sur les matériaux, c’est pour moi la première source d’inspiration, la plus importante.
Il y a aussi bien sûr les lectures. On ne peut pas tout expérimenter. On a besoin aussi de témoignages graphiques ou d’histoires, qui vont nous apporter des éléments. La photographie fait partie de ces témoignages. Certaines photos me touchent : des paysages, des couchers de soleil, des soleils frappant des crêtes de montagne, des atmosphères, des profondeurs atmosphériques, ou des teintes avec des strates qui peuvent me toucher personnellement. C’est ce que j’essaie de retranscrire en couleur par la suite. Avec « La horde du contrevent » et « Thorgal », j’ai un espace de liberté idéal pour travailler cela !
Je cherche aussi des références graphiques sur Internet ou chez des auteurs que j’admire. Elles peuvent venir de photographies, d’illustrations, ou de BD que je trouve bien réalisées. Enfin, comme je l’ai dit, les échanges avec le dessinateur sont aussi très inspirants. Il peut avoir certaines références, des photographies qui lui ont plu, des ambiances qu’il apprécie.
Une partie de mon travail consiste donc à chercher des images. On a besoin de références. Elles nous nourrissent.
Thorgal.com : Fred Vignaux, dont vous nous parlez, est votre partenaire sur les trois albums que vous avez réalisés. Il travaille presque uniquement sur tablette graphique, tout comme Roman Surzhenko, l’autre dessinateur des mondes de Thorgal. Et vous, Gaétan, quelle est votre méthode, des pinceaux et une palette, l’informatique, les deux ?
Gaétan Georges : Je travaille principalement sur tablette graphique, via l’informatique. J’ai commencé comme cela, avec cette ère du numérique qui s’est développée notamment au sein de la BD. Lorsque j’ai débuté, cet outil était de plus en plus utilisé. Il permet d’approfondir les recherches, de faire beaucoup de modifications. Il a beaucoup d’atouts, il permet notamment d’aller plus vite, mais aussi de peaufiner à l’infini.
Je suis très à l’aise avec cet outil qui m’a mené vers ce métier. Il m’arrive aussi de prendre des pinceaux, j’aime peindre pour le plaisir, mais ça reste anecdotique, ce ne sont pas des travaux que je montre. Les coloristes, mais aussi les dessinateurs, travaillent de plus en plus avec l’outil informatique. C’est l’outil que je maîtrise le mieux.
En termes d’encrage aussi, il y a désormais des outils très accessibles, très élaborés, qui permettent de faire de belles choses.
Thorgal.com : Puisque nous parlons de belles choses, sur quoi avez-vous travaillé ces derniers temps, ces derniers mois, ces dernières années ? A part Thorgal, bien sûr !
Gaétan Georges : Il y a un autre projet qui me prend beaucoup de temps, « La horde du Contrevent ». Avec Thorgal, c’est le projet sur lequel je passe le plus de temps. C’est un projet qui me tient beaucoup à cœur et pour lequel je fais beaucoup de recherches. J’ai adoré le roman qui a mené à cette adaptation. Il m’a passionné, il est pour moi un chef-d’œuvre de la science-fiction. Je suis fier de travailler sur l’adaptation de ce monde-là depuis trois ou quatre ans, avec Eric Henninot qui m’a proposé cette formidable aventure. Comme Fred, je crois qu’il avait aimé les couleurs que j’avais faites pour « Rock & Stone », avec Yann Valéani au dessin.
A l’époque, je n’avais pas encore lu le roman. Je l’ai lu, j’ai aimé, j’ai découvert une œuvre formidable. J’ai réalisé très rapidement des planches de test et, depuis, c’est un projet pour lequel je travaille énormément. Le tome deux vient de sortir en même temps que le dernier Thorgal.
Thorgal.com : Vous avez d’autres projets en cours ?
Gaétan Georges : Ce sont mes deux projets principaux. Il y a bien une autre chose, toujours avec Thorgal, mais je ne peux pas encore vous en parler ! On se reverra pour cela en 2022.
Je termine également une série historique avec David Chauvel encore, qui s’appelle « Les trois Julia ». J’aide aussi un ami à réaliser des personnages de jeu vidéo. J’ai beaucoup de demandes à la suite des sorties récentes, mais j’essaie aussi de me garder du temps pour faire de l’illustration, pour continuer à jongler un peu entre les deux.
Thorgal.com : Avec deux ou trois albums par an, vous êtes coloriste toute l’année, ou vous faites de temps à autre des pauses dans cette activité ?
Gaétan Georges : Je pourrais avoir du travail toute l’année, mais depuis deux ou trois ans j’essaie de trouver du temps pour d’autres choses. On a besoin de donner du rythme à sa vie, de capter l’inspiration, de voyager, pour trouver un équilibre. Sans cela, on finit par perdre le souffle qui nous permet de réussir à créer. Il y a des moments plus ou moins difficiles dans la vie, il faut pouvoir les surmonter, notamment grâce au dessin ou à la couleur.
Je fais aussi beaucoup de sport, notamment de la capoeira, que j’enseigne. J’aime aussi dessiner, illustrer, faire des croquis quand je voyage. Et j’essaie de rénover un appartement ! Ça me ramène à mon bagage antérieur, à mes études.
Thorgal.com : Depuis combien d’années êtes-vous coloriste ?
Gaétan Georges : En 2020, cela fait 10 ans. Le temps a passé si vite…
Thorgal.com : Alors, revenons maintenant à Thorgal ! Pouvez-vous nous parler de la mise en couleur des albums, du temps que cela vous prend, de votre méthode de travail ? Nous voulons tout savoir !
Gaétan Georges : J’ai travaillé de la même façon pour Thorgal et Kriss de Valnor. Comme toujours, le travail du coloriste vient après celui du dessinateur. La contrainte principale est la date de parution de l’album, qui est plus ou moins impérative, pour pouvoir communiquer autour de la sortie de l’album. Par exemple, pour une sortie en novembre, l’impression des planches doit commencer au mois d’août, alors je dois terminer la mise en couleurs en juillet. J’étais donc dépendant de Fred pour ces premiers albums, d’autant qu’il lui a bien sûr fallu un peu de temps au début pour mettre en place le story-board et les premières planches. C’est normal lorsqu’on débute une nouvelle série.
J’ai donc dû diminuer mes délais, travailler vite, avec parfois d’autres albums à côté comme « La horde du contrevent ». C’est pour cela qu’il m’a fallu seulement entre un et deux mois pour chacun de ces albums, un délai très court pour moi. Pour réussir cela, j’ai beaucoup travaillé, y compris les soirs, les week-ends ! D’autant que je continue à donner des cours en BTS et à avoir d’autres activités.
L’un des avantages avec cette série, c’est que Fred fait un travail magnifique. Je suis guidé par son dessin. Nous nous entendons très bien, notre vision artistique se complète. La mise en couleur lui plaît, et il m’apporte des références. C’est aussi pour cela que j’ai pu travailler très vite. J’ai réalisé environ une planche par jour. Et parfois deux planches dans la même journée !
Thorgal.com : Une planche par jour, cela représente combien d’heures de travail ?
Gaétan Georges : Cela dépend bien sûr des planches, certaines sont beaucoup plus complexes que d’autres, notamment quand il y a une ambiance particulière. Il y a aussi des planches clefs dans l’album, sur lesquelles il faut particulièrement s’appliquer parce qu’il y a beaucoup de personnages.
Le temps de travail varie donc beaucoup d’une planche à l’autre. Pour Thorgal, je ne compte pas trop les heures, mais c’est une journée normale de travail, de sept à huit heures. Pour les planches difficiles ou lorsque je fais deux planches par jour, c’est nettement plus. Mais dans l’ensemble c’est très variable, disons de cinq heures au moins à dix heures au plus.
Thorgal.com : Les personnages de Thorgal, son univers, est-ce quelque chose qui est ancré en vous, qui vous inspire ? Vous êtes-vous inspiré des travaux de Graza, l’ancienne coloriste, ou avez-vous cherché à moderniser votre approche ?
Gaétan Georges : J’ai cherché à moderniser, tout en m’inspirant de tout ce qu’il y avait avant, que ce soit Graza ou Rosinski. Il y a des particularités dans les couleurs de la série, des teintes fortes auxquelles je n’étais pas forcément habitué mais dont je m’inspire, de façon peut-être plus moderne et nuancée.
J’aime beaucoup le travail de Rosinski, depuis toujours, notamment son travail en couleurs directes. Évidemment, comme j’utilise des outils informatiques, le rendu est différent, mais j’essaie de me servir de brosses ou de textures qui vont donner un rendu travaillé, un effet texturé. Parfois « rough » (plus rapide, moins précis), parfois un peu plus précis, l’outil me permet de jongler entre tout ça ! Tout dépend de l’action, de la profondeur de l’image. Il ne faut pas aller trop loin dans les détails. L’important est d’abord d’avoir un rendu efficace, grâce aux teintes, avant de jouer sur les contrastes et les textures. Le contraste vient d’abord des teintes avant d’être approfondi grâce aux lumières. Je m’inspire des premiers tomes de la série pour définir cela.
Thorgal.com : Êtes-vous présent sur Internet, avez-vous un site personnel ?
Gaétan Georges : Oui, je suis sur Internet, mais pas beaucoup, je le reconnais. J’essaie de faire des efforts, d’alimenter un peu plus, d’ouvrir un Instagram. Il est important d’être visible dans ce milieu, on a besoin d’être sur Internet. Et puis c’est un moyen de partager notre travail, sinon on reste un peu tout le temps dans notre monde, dans notre bulle. Mais j’avoue ne pas être un habitué des réseaux sociaux.
Thorgal.com : Connaissez-vous le site officiel Thorgal.com ?
Gaétan Georges : Oui bien sûr, je le visite de temps en temps.
Thorgal.com : Lisez-vous les avis des lecteurs ?
Gaétan Georges : Je n’y suis pas passé depuis un moment, mais quand les albums sont sortis, ou même avant, j’ai regardé le forum et les avis des gens. J’ai bien aimé lire ces avis, les retours, c’est amusant. Il faut que j’y retourne !
Thorgal.com : C’est un public de passionnés. Des gens qui, comme vous, ont découvert la série il y a très longtemps, et qui continuent à la lire. C’est une série patrimoniale ! Avez-vous volé les albums à votre sœur ? Ils sont chez vous maintenant ?
Gaétan Georges : Non, il faudrait que je rachète la collection complète. J’ai les albums, mais en version numérique.
Thorgal.com : Ça ne va pas du tout, ça ! Il faut investir.
Gaétan Georges : Oui je sais, les albums en numérique, c’était pour les couleurs ! Les albums sont toujours chez ma sœur. Et maintenant, je lui offre les nouveaux tomes puisque je travaille dessus. Elle est très fière, c’est une grande fan. Ces albums sont à elle, ils m’ont passionné mais ils lui appartiennent, ils ne sont malheureusement pas à moi !
Il faudrait investir… et trouver de la place dans ma bibliothèque.
Thorgal.com : Non non, pas d’excuse. D’autant que maintenant, vous pouvez même les signer et les dédicacer ! Merci beaucoup Gaétan pour toutes ces réponses qui nous ont permis de connaître votre parcours et de découvrir votre métier.
Gaétan Georges : Merci à vous, à très bientôt !

